Nous ne les vivons sur les réseaux sociaux en virtuel, et la situation climato-politique nous presse de nous y atteler davantage en réel : nos réseaux d’entraide ont besoin d’être consolidés, voire officialisés.

Evidemment, les personnes faisant partie de familles aimantes et soudées auront probablement des difficultés à comprendre cette nécessité.
Qui est-ce que j’appelle si j’ai besoin d’aide pour :
- m’emmener à l’hôpital
- me faire à manger
- faire mes courses
- du bricolage
- déménager
- aller à un rendez-vous médical
- faire du ménage
- me débarrasser de meubles ou d’électroménagers cassés
- déplacer un gros meuble
- …
Dans une famille aimante et soudée, il me semble que tous ces menus services sont remplis par les membres de la famille.
Que fait-on quand on n’a pas de famille, que les membres de notre famille refusent de nous aider, ou qu’ils habitent trop loin ?
Construire une alternative à l’entraide familiale
La première réponse est : on a des voisin’es, des ami’es. Oui, c’est vrai. Encore faut-il disposer d’assez de capacités physiques, voire financières, pour pouvoir développer et entretenir ce réseau d’entraide amical. [1]
Hé bien moi j’aimerais qu’on puisse formaliser ces réseaux, pour vérifier que personne ne tombe dans les trous de la raquette.
Vérifier que tout le monde reçoit l’aide nécessaire
Je vais prendre deux cas en exemple.
Exemple 1 : moi, mère célibataire, travailleuse avec handicap invisible, en rupture familiale
Les gens me voient comme une personne normale (bon ok, presque) : quand j’arrive à sortir de chez moi, c’est que j’ai assez d’énergie pour paraître normale.
Pourtant, je suis perpétuellement au bord de l’épuisement, et mes capacités d’autonomie sont déjà diminuées, à moins de 50 ans. J’ai désormais trop peu d’énergie disponible pour entretenir un vrai réseau amical, et je gagne encore trop bien ma vie pour bénéficier d’un soutien social.
Je me pose la question : est-ce que notre Société attend que je devienne officiellement incapable de travailler pour commencer à m’aider ? Ce ne serait pas très malin.
Alors, mes incapacités m’obligent à mettre en place des stratégies, autant que mes finances le permettent :
- me faire livrer mes courses
- engager une aide ménagère pour mon petit appartement
- payer pour du petit bricolage
- me déplacer en vélo à assistance électrique au lieu de marcher 10 minutes
- utiliser une voiture partagée au lieu de faire 15 minutes de vélo à assistance électrique
Et tant pis pour la vaisselle faite trop peu souvent, tant pis pour les repas qui se résument à du grignotage, tant pis pour l’appartement nettoyé pas assez souvent.
Ma seule possibilité : afficher au maximum mon handicap, pour que les personnes autour de moi comprennent que, non, je ne suis pas « normale ». J’ai des difficultés, j’ai besoin qu’on pense à me proposer son aide (chantier en cours, c’est difficile d’exposer ses vulnérabilités), et j’ai besoin que ces relations d’entraide soient formalisées.
Exemple 2 : une amie, célibataire lourdement handicapée, en rupture familiale
Elle l’a reçu en pleine poire : sa famille ne veut ni la soutenir, ni l’aider.
Alors oui elle reçoit des allocations handicap, mais qui va démonter son électroménager non fonctionnel pour le mettre sur le trottoir pour le ramassage par les services municipaux ? Qui va l’aider à échapper à son logement passoire thermique ? Qui va l’accompagner à ses rendez-vous médicaux pour son cancer ?
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le tissu associatif ne remplace par les liens familiaux. Surtout dans un contexte de politique d’austérité.
Alors, l’entraide autour de mon amie doit être développée, entretenue, et formalisée, pour éviter qu’elle se retrouve seule dans une situation critique.
Ce que j’attends de vous
Faire le tour de vos ami’es pour identifier les difficultés qu’ielles rencontrent, et formaliser comment vous pouvez les aider. Reprenez ma liste, vérifiez que ces besoins de base sont bien remplis, avec des services payants, avec des services gratuits ; complétez ensemble cette liste, par exemple pour l’entretien du jardin, le tri des affaires pour se sentir plus léger’e, du babysitting, etc.
J’ajoute : historiquement, les femmes étaient en charge de cette vérification. Je vous demande donc à vous, messieurs, d’y prêter particulièrement attention. Nous avons besoin aussi de vous🙏
[1] Contretemps : « L’amitié est une question profondément politique ». Entretien avec Clémence Guetté