De l’annonce du sexe du fétus jusqu’après la mort de la personne, les hommes (et parfois les autres femmes) imposent leurs stéréotypes violents aux femmes. Nous allons mettre nos lunettes féministes pour regarder cet impact à travers chaque étape de la vie (attention, ça va être long).


- Avant la naissance
- Enfance
- Adulte
- Vieillesse
- Après la mort
- Les impacts quotidiens et transgénérationnels de ces violences continues
Avant la naissance
Dès l’annonce du sexe du fétus, les familles projettent leurs fantasmes stéréotypés sur la vie du futur enfant : on peint la chambre en rose ou en bleu, on choisit un prénom, et on attend d’elle ou de lui un certain comportement.
Enfance
A la maison
Avec ces stéréotypes attendus, les familles :
- laissent les bébés filles pleurer plus longtemps [1] ;
- imposent aux filles d’être plus vite “matures” [2] ;
- investissent dans la serviabilité des filles et dans l’avenir des garçons [3] ;
- donnent plus d’argent de poche aux garçons qu’aux filles [4].
Les filles sont aussi plus à risque que les garçons d’être victimes d’inceste de la part d’hommes de leur entourage [5].
A l’école
Les écoles imposent aux petites filles d’être calmes… et ne détectent pas leurs besoins spécifiques [6].
Dès 6 ans, les filles se considèrent moins intelligentes que les garçons [7]. En conséquence, elles s’orientent généralement vers des métiers généralement moins bien payés [8].
Dans la rue
Très tôt, les filles sont exposées aux stéréotypes sexistes, notamment via les médias et les publicités sexistes [9]. Les petites filles commencent à être harcelées sexuellement avant 15 ans, dans la rue mais aussi à l’école, voire à la maison [10].
Adulte
A la maison
Les jeunes femmes partent plus tôt de chez leurs parents, pendant que les jeunes hommes sont couvés plus longtemps, même après avoir commencé à travailler. Conséquence : pendant qu’elles vivent pauvrement, ils épargnent et s’enrichissent [11].
Cet appauvrissement des femmes continue une fois en couple, et s’amplifie quand elles ont des enfants [12]. Et quand elles héritent, elles reçoivent moins d’argent et de patrimoine que leurs frères [13].
Quand il y a divorce, les femmes s’appauvrissent bien plus que les hommes [14].
(et après on se demande pourquoi les femmes font moins d’enfants?[15])
Au boulot
Les femmes sont exclues des métiers et des carrières les mieux payé.es, par l’intimidation et la violence [16], qu’elles aient ou pas des enfants… alors que la paternité valorise les carrières des hommes avec enfants ou pas [17].

Dans la rue
Les femmes sont harcelées par les hommes dans la rue [18]. Les espaces publics sont aussi généralement conçus par les hommes pour les hommes [19], tout comme la très grande majorité des outils, des bureaux, des véhicules : à des points tels qu’ils rendent les femmes malades, voire les tuent [20].
Dans les médias
Depuis le siècle des Lumières, juste après la première vague de chasse aux sorcières (oui, la Lumière c’était pour les hommes, pas vraiment pour les femmes [21]), les copistes, les juristes et les auteurs ont systématiquement effacé les femmes des archives et des textes juridiques [22], ce qui a permis de spoiler les femmes de leurs œuvres et de leurs propriétés : ça vous dit quelque chose “auteur inconnu” et “œuvre anonyme” ? Aujourd’hui, on commence à peine à reconnaître la qualité des contributions des femmes à la vie publique, aux créations (voir le test de Beschdel [23]) et aux découvertes (on appelle aussi cela l’Effet Matilda [24]).
Néanmoins, la justice continue à rencontrer des difficultés à s’outiller pour donner un poids juste à la parole des femmes [25].
l’affaire Depardieu
Même quand elles sont nombreuses à raconter des histoires d’agressions similaires, les hommes violents sont rarement condamnés, encore moins quand ils sont blancs et puissants [26].


Dans la rue, les femmes tentent de contre-attaquer :

Dans l’espace francophone, on aurait aussi pu prendre comme exemple l’affaire PPDA [27], ainsi que tout le mouvement #metoo [28].
sur les réseaux sociaux
Outre le cyberharcèlement intensif des hommes envers les femmes [29], les attaques et contre-attaques en ligne amplifient les oscillations, à la fois les divisions et les apports réconciliateurs. Parmi ces bras de fer, le débat “homme vs ours” est un des exemples ayant cristallisé ces échanges : dans les bois, une femme préfère-t-elle rencontrer un homme ou un ours ? La polémique a enflé quand les femmes ont répondu qu’elles préféraient rencontrer un ours : les hommes se sont fortement vexés.
La randonneuse Laura Killingbeck [30] explique :
Si je refuse ses tentatives de rapprochement en le quittant ou en fixant une limite, il peut se sentir frustré, rejeté ou honteux. S’il ne sait pas comment reconnaître ou gérer ces sentiments, il risque de les ressentir comme de la colère. Je serais alors une femme seule coincée dans une forêt avec un homme en colère, ce qui est exactement ce que les femmes craignent le plus.
Les hommes qui manquent de conscience sociale ou d’empathie manquent souvent aussi d’autres compétences en matière de gestion émotionnelle. En général, ce que les hommes dans ces situations recherchent en fait, c’est la proximité. Ils essaient de se rapprocher de moi, physiquement ou émotionnellement, de la seule manière qu’ils connaissent. Cette combinaison de compétences émotionnelles insuffisantes et de désir de rapprochement est exactement ce qui me met en danger.
Je n’ai pas le temps de réfléchir, je fonctionne à l’instinct. Ma tâche est ridiculement complexe. Je dois désamorcer tout signe d’agression, guider l’homme vers un état d’équilibre émotionnel et sortir de la situation en toute sécurité, tout cela en même temps. Ce processus requiert toute mon attention, mon énergie et mon intelligence. C’est vraiment difficile.
J’ai été dans cette situation tellement de fois que cela m’épuise rien que d’écrire à ce sujet. Parfois, ce n’est pas que j’ai peur des hommes, je suis juste très, très fatiguée.
A l’hôpital
La santé des femmes est sous-étudiée [31], sous-diagnostiquée [32], et sous-financée : à maladie égale, les femmes restent en errance médicale parfois des dizaines d’années avant de pouvoir être soignées, quand les hommes sont diagnostiqués en quelques mois [33].
Au sport
Au départ, les femmes étaient interdites de sport, puis, quand elles ont franchi ces interdits et commencé à battre certains hommes, les catégories sportives par sexe ont été créées [34]. Aujourd’hui encore, les sportives hyper performantes sont régulièrement traitées de “fausses femmes” [35].
Vieillesse
En vieillissant, les carrières des femmes sont freinées (concept du Plancher collant [36]), voire orientées vers des missions impossibles à réaliser (concept de Falaise de verre [37]).
Par ailleurs, les femmes célibataires sont plus heureuses et vivent plus longtemps que les femmes mariées [38], et les femmes mariées sont souvent quittées par leurs maris quand elles tombent gravement malades [39].
On note d’ailleurs que les soixantenaires divorcées refusent généralement de réemménager avec des hommes [40].
Après la mort
Les vies des femmes, peu documentées [41], et leurs réalisations, peu valorisées [42] voire volées par des hommes [43], finissent quasi systématiquement par tomber dans l’oubli.

Pause musicale : Mathilde : chanson Le corps des femmes
Les impacts quotidiens et transgénérationnels de ces violences continues
Bon, c’est maintenant que ça va gratouiller pour vous. Parce que, évidemment, tout ça ne se réalise pas sans que chacuns et chacunes nous y participions (ça s’appelle le patriarcat [43]). Mais attention : que cette pratique soit généralisée ne nous dédouane pas de nous remettre en question individuellement.
L’objectif ici est surtout de prendre conscience de comment nous y contribuons nous aussi, d’admettre que nous pouvons apprendre à fonctionner autrement, et d’arriver pas à pas à déconstuire nos habitudes néfastes.
![L'iceberg de la violence sexiste, créé par Amnistia Internacional
[manifestations explicites]
VISIBLE (partie émergée de l'iceberg)
Meurtre
Agression physique
Viol
Abus sexuel
Menacer
Insulter
INVISIBLE (partie immergée de l'iceberg)
Humilier
Dévaloriser
Ignorer
Mépriser
Chantage émotionnel
Culpabiliser
[Manifestations implicites]
Humour sexiste
Contrôler
Pub sexiste
Invisibilisation
Langue sexiste
Dépréciation
Machisme ordinaire](https://maniaemma.blog/wp-content/uploads/2024/09/iceberge-violence-sexiste.jpg?w=750)
La charge mentale
Au quotidien, et même sans enfants, les femmes sont épuisées par la charge de la famille (ascendants, descendants, allié.es) [44], de la santé [45] et du bien-être émotionnel de l’entourage [46], ainsi que par l’exigence de propreté des habitations [47]… alors qu’elles travaillent généralement aussi pour rapporter un salaire [48] (cf. [12]).
Leur charge mentale est aussi augmentée par la nécessité de rester en sécurité dans la rue [10], au boulot [16], parfois même à la maison [24].
Les maladies chroniques et auto-immunes


On l’a déjà évoqué, les femmes souffrent aussi généralement de maladies chroniques pas ou peu soignées [32], pour lesquelles elles sont culpabilisées [48]. Elles meurent plus tard que les hommes, mais vivent en bonne santé aussi longtemps qu’eux [49] : elles souffrent donc plusieurs années de plus.
Les stratégies de résistance
Quand les femmes tentent de se révolter contre ces violences, les hommes, qui sont les uniques bénéficiaires du système patriarcale, nient leurs souffrances et tentent de les ridiculiser. Quand elles persistent, ils deviennent violents : on appelle ce phénomène le backlash masculiniste [50].

Pour rappel, les suffragettes ont dû commencer à poser des bombes pour pouvoir finalement obtenir le droit de vote [51].

Les mouvements féministes
Même au sein des mouvements féministes, les conflits sont volontairement amplifiés par des masculinistes (hommes et femmes), qui refusent le rééquilibrage des droits réels entre les sexes [52].

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A lire aussi :
[1] Livre “Éduquer sans préjugés” de Amandine Hancewicz et Manuela Spinelli
[2] Vidéo en anglais : “conditioned women to center men in every single aspect of our lives“
[3] Article : “Depuis 2004, les programmes de distribution gratuite de bicyclettes mis en place par l’État ciblent les filles, dont le taux d’abandon scolaire est plus élevé que celui des garçons en raison des tâches ménagères et des longues marches épuisantes.” India’s schoolgirls are leading a silent cycling revolution
[4] Livre Le genre du capital de Céline Bessière et et Sibylle Gollac
[5] Article L’inceste, un phénomène tabou à l’ampleur méconnue
[6] Article Autisme : les filles et les femmes sous-diagnostiquées
[7] Étude Dès 6 ans, les filles se croient moins brillantes que les garçons, selon une étude américaine
[8] Article Les femmes restent sous-représentées dans les métiers les mieux payés
[9] Étude Deuxième rapport Le sexisme dans la publicité française
[10] Étude Les violences sexuelles : le harcèlement sexuel
[11] Livre Le genre du capital de Céline Bessière et et Sibylle Gollac
[12] Livre Le Couple et l’Argent de Titiou Lecoq
[13] Livre Le genre du capital de Céline Bessière et et Sibylle Gollac
[14] Article 20 % des femmes basculent dans la pauvreté au moment du divorce, révèle la Fondation des femmes
[15] Article La démographie, prochain défi global à haut risque
[16] Article La carrière des femmes ingénieurs se heurte souvent à la culture d’entreprise
[17] Étude L’effet de la parentalité sur les carrières des femmes et des hommes
[18] Article “Cela arrive presque tous les jours” : le harcèlement de rue reste fort présent en Belgique
[19] Article Pourquoi il y a toujours la file aux toilettes pour femmes ?
[20] Livre Femmes invisibles de Caroline Criado Perez
[21] Article Condition féminine au siècle des Lumières
[22] Livre Les grandes oubliées : Pourquoi l’histoire a effacé les femmes par Titiou Lecoq
[23] Article Test de Beschdel
[23] Article Effet Matilda
[25] Livre Le contrôle coercitif Au coeur de la violence conjugale, de Andreea Gruev-Vintila
[26] Article Affaire Depardieu : faut-il poursuivre l’enquête ?
[27] Article Affaire Patrick Poivre d’Arvor
[28] Article Mouvement #MeToo
[29] Étude Statistiques & données factuelles sur le cyberharcèlement pour la période 2018-2024
[30] Article en anglais A Woman Who Left Society to Live With Bears Weighs in on “Man or Bear”
[31] Rapport Santé des Femmes
[32] Article #MyDoctorSaid : des femmes racontent les erreurs de diagnostic dont elles ont été victimes
[33] Article Pourquoi l’écart de prise en charge de la santé entre femmes et hommes coûte des milliards par an
[34] Article Sport féminin
[35] Vidéo Des sportives trop puissantes
[36] Article Les femmes bloquées dans leur carrière par le plancher collant
[37] Article Falaise de verre
[38] Article Être une femme célibataire et sans enfants, la clé du bonheur?
[39] Article Une femme a 6 fois plus de risque d’être quittée à l’annonce d’un cancer qu’un homme
[40] Article Vie conjugale après 50 ans: seulement 25% des femmes veulent se remettre en couple
[41] Article Sans archives, pas d’histoire : il y a un siècle, des pionnières archivaient le féminisme comme une urgence
[42] Article Des vies dédiées à la découverte : sept femmes scientifiques qui ont façonné notre monde
[43] Article 5 inventions de femmes volées par des hommes: le Monopoly
[44] Article La charge mentale des femmes, l’épuisement de tout gérer
[45] Article Toutes les inégalités ne sont pas visibles : la véritable valeur du travail de soin
[46] Article Charge émotionnelle
[47] Article Du corps à la maison : qu’est-ce qu’être propre ?
[48] Vidéo en anglais Syndrome de l’imposteur
[49] Article Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais en moins bonne santé
[50] Article L’inquiétant regain du masculinisme, cette pensée réactionnaire aux origines millénaires et Grande-Bretagne : Mille ans de « girl power »
[51] Article Suffragette
[52] Article Féminisme
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[…] [7] Article Le continuum des violences des hommes envers les femmes […]
[…] [10] Le continuum des violences des hommes envers les femmes […]
[…] [10] Article Le continuum des violences des hommes envers les femmes […]
[…] [4] Article Le continuum des violences des hommes envers les femmes […]