Les guerrières des plaines d’Eurasie

Grâce à des techniques scientifiques incontestables comme l’ADN, l’archéologie récente est en train de démonter les mythes antiques grecs aux origines des croyances patriarcales occidentales.

J’avais déjà publié plusieurs articles sur le mythe des Amazones [1], en me basant sur les livres des archéologues Adrienne Mayor et Heide Goettner-Abendroth [2]. Je profite d’un reportage télévisé de 2024 pour vous relayer davantage d’illustrations concrètes de qui étaient et qui sont encore les armées de guerrières [3].

Photo du reportage : vu aérienne d'une tombe sur laquelle sont penchées des archéologues

Des Amazones à l’Amazonie

Les poètes grecs antiques ont décrit les Amazones comme un peuple de guerrières indépendantes des hommes, qui se brûlaient un sein pour mieux tirer à l’arc [4].

Dans le reportage [3], l’archéologue Adrienne Mayor [5] explique que les artistes grec•ques antiques représentaient ces guerrières peintes sur les amphores, sculptées sur les bâtiments, comme des poupées articulées à habiller. Dans aucune de ces représentations on trouve de femmes avec un seul sein, cette idée n’existe que dans un seul texte antique.

Quand les Européen•nes ont envahi le reste du monde, les guerrières des forêts d’Amérique du Sud ont amené les blancs à nommer ces forêts « Amazonie » et son fleuve « Amazone » [4].

Des guerrières des plaines eurasiennes aux Amazones

Les reconstitutions archéologiques montrent que les « Amazones » sont en fait une histoire romancée d’un ensemble de peuples que les Grecs anciens ont rencontré au fur et à mesure de leur développement.[3]

L’archéologue Marina Kilunovskaya [5], de l’Académie des Sciences de Saint-Petersbourg, trouve des tombes de guerrières dans la région de Tuva en Sibérie depuis 1988. [3]

Violaine Sebillotte Cuchet [5], professeure en histoire ancienne, explique que quand on cherche les femmes dans les héritages historiques, on les trouve. Notamment dans le style amazonomachie [6]. [3]

Les Grec•ques antiques ont d’abord rencontré le peuple nomade des Scythes, entre -7e siècle et -3e siècle, au nord de la Mer noire. [7]

La bioarchéologue Anahti Khudaverdyan [5] étudie les tombes de guerrières à Jrapi (Arménie) [3], sur les territoires de l’ancien Royaume Uartu (-9e siècle) [7].

Photo de la statue Mère Arménie sur son piedestal. Elle se tient bien droite, et elle porte une épée horizontalement, avec ses deux mains. Cette épée ressemble à une épée du reportage.

A Erevan (Yerevan), la capitale de l’Arménie, la statue de « Mère Arménie » a été érigée en 1950 pour remplacer celle de Staline, et en femmage aux guerrières arméniennes.

La statue « Mère Arménie » symbolise la paix à travers la force. Elle rappelle aux visiteur•euses certaines femmes de l’histoire arménienne, telle que Sose Mayrig ou d’autres, qui ont pris les armes pour aider leurs maris dans les combats contre les troupes turques et les contestataires kurdes. Elle rappelle aussi l’importance du statut et de la valeur attribué•es aux femmes les plus agées des familles arméniennes. [8]


En 2018, une tombe de reine guerrière a notamment été trouvée à Devitsa, dans la Vallée du Don (Russie). [3]

Daria Bocachuk, archéologue, a ouvert à Bakhtchissarai (Crimée) le charnier d’une armée de femmes. [3]


Les Saramates (-5e au 3e siècle) , descendants des Scytes ont étendu leur territoire à l’ouest jusqu’aux Celtes [7]. Les Grec•ques et les Romain•es antiques les décrivaient comme des gynecocratumenes : gouverné•es par les femmes. [3]

En 2023, 300 tombes de guerrières avaient été mises à jour. Les erreurs archéologiques du passé sont difficiles à corriger, car on n’a pas conservé assez de restes. [3]

L’archéologie est en train de détricoter les mythes antiques grecs : [3]

  • Les « Amazones » ne vivaient pas sans hommes, elles ne rejettaient pas leurs fils
  • elles ne s’enlevaient pas un sein pour tirer à l’arc
  • elles étaient des guerrières entraînées, depuis toutes jeunes
  • elles vivaient dans des sociétés égalitaires, dans lesquelles elles pouvaient être reines mères, grandes prétresses, guerrières

La tradition de sociétés égalitaires avec des femmes guerrières existe encore en Mongolie, chez les Khurdes, et en Iran. [3]

Les biais patriarcaux

Grâce aux analyses ADN, on a clairement pu battre en brèche les biais patriarcaux de l’archéologie occidentale. L’héritage patriarcal antique reste néanmoins immense, et on l’entend bien dans les hypothèses archéologiques des historiens blancs.

Ils ne conçoivent par exemple pas que si on n’entraîne pas les femmes à la guerre, elles en deviennent directement les victimes. « Pour avoir la paix, elle doit préparer la guerre ».

Et ils manquent encore dans leur grille d’analyse les hypothèses de couples homosexuel•les à la tête de royaumes.

On continue ✊🏻✊🏽✊🏿

Lire aussi :

[1] Articles :

[2] Livres :

[3] Reportage Amazones, femmes guerrières de l’antiquité produit par la société Zed et diffusé par France Télévisions

[4] Article Les Amazones

[5] Archéologues :

[6] Article Amazonomachie

[7] Articles sur les peuples égalitaires :

[8] Article Mère Arménie


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