J’ai rassemblé ici des astuces validées par les neurosciences [1], pour que vous puissiez mieux vous faire entendre des autres.
Parfois c’est la formulation qui crée un frein à la communication, parfois ce sont les mots qui manquent. Il existe des méthodes pour vous aider, mais je vous préviens : il faut aussi un peu mouiller la chemise pour obtenir des résultats satisfaisants.

Les freins liés à la formulation
Les listes
Le cerveau humain a du mal à gérer plus de 7 éléments à la fois.
Par exemple : 7 éléments dans une liste de couses, 7 plats dans un menu, 7 idées dans un texte d’explication, 7 étapes dans un mode d’emploi, les 7 nains, les 7 jours de la semaine…
Donc si vous voulez exprimer davantage d’éléments, scindez-les en plusieurs sous-groupes : par catégories, par dates, par mois, par trimestres… Ça c’est surtout pour l’écrit. Les adultes préfèrent souvent qu’on leur propose des listes entre 5 et 7 items
Ce qui est très facile pour le cerveau humain, c’est de retenir 3 éléments : vert, jaune, rouge. Donc à l’oral, insistez sur 3 éléments : répétez-les au moins 3 fois. Ainsi, vos interlocuteur·trices retiendront bien vos arguments.
La tournure négative
Le cerveau a des difficultés à comprendre la négation. Par exemple : le cerveau comprend plus rapidement « la poule a pondu zéro oeufs » que « la poule n’a pas pondu d’oeufs ».
Aussi, un petit enfant comprendra mieux une instruction positive « évite de toucher le poële brûlant » que « ne touche pas le poële brûlant ». Un·e adulte comprendra mieux « roulez à 50km/h » plutôt que « ne roulez pas à 60 km/h » (référence quasi boomer 😅).
Et la double négation devient un cauchemar pour la compréhension. Par exemple : « n’hésitez pas à ne pas trop saler » est tellement plus compliqué que « évitez de trop saler » !
Dans vos communications, veillez donc à formulez vos phrases en positif 👍
Les comparaisons
Le cerveau humain est très bon pour identifier les différences entre 2 éléments, comme pour le jeu des 7 erreurs dans 2 images de quand on était petit·es (7! incroyable😁).
Donc si vous voulez simplifier la compréhension de votre démonstration, comparez les différentes options côte à côté : 2 images, 2 schémas, 2 tableaux…
PAR CONTRE, quand vous comparez 2 personnes, alors forcément, les personnes comparées identifieront aussi directement les différences. Et tomberont assez facilement dans une dévaluation d’eux-mêmes. Et ça c’est pas bien.
Il faut valoriser 20 fois une personne pour compenser 1 critique négative. Donc évitez.

Mais vos filles si. Votre mère aussi. Vos sœurs et vos nièces également »
Le Tu qui tue
Dans une famille, un couple, une équipe au travail ou une équipe sportive, critiquer sous la forme TU, comme « Tu me dis toujours ça », « Tu fais toujours mal », » Tu ne m’écoutes pas « , casse les possibilités de la collaboration. Parce que, dans cette utilisation, le TU oppose les 2 personnes : c’est toi contre moi.
Or, pour établir une collaboration, il faut changer de paradigme :
toi+moi = nous contre le problème, l’épreuve, le défi.
Devoir vs Besoins
Nous pouvons réagir différemment selon nos types de personnalité à la formulation des autres :
- certain·es réagissent plutôt à une formulation du type « je me sens »/ »j’ai besoin de », liée au besoin humain ;
- d’autres à une formulation « il faut »/ »je dois », liée à un devoir, à des règles.
Pour identifier les types de personnalité de votre famille/couple/équipe, je vous conseille le test et les formations Com Colors [2]
Dans le concept Com Colors, les personnalités oranges, jaunes, rouges réagissent plutôt à « je me sens » / « j’ai besoin de » ; les personnalités bleues, violettes, vertes, rouges, réagissent plutôt à « il faut » (oui, les rouges réagissent aux deux… mais ne sont pas plus faciles pour autant 😁).
La méthode des 5 pourquoi
La méthode des 5 pourquoi est notamment utilisée par Toyota depuis les années 1970-1980 pour identifier les causes d’un problème technique [3]
Elle est simple et plutôt bien acceptée dans un contexte familial, de couple, ou d’équipe, en posture » nous contre le problème ».
Les freins liés aux mots
Les difficultés de vocabulaire peuvent venir de l’alexythimie : la difficulté à ressentir et exprimer ses émotions, notamment liés aux Troubles du Spectre Autistique (TSA), mais aussi aux traumatismes [4]

– Que font les bébés ?
– Les bébés pleurent.
– Votre compétence de survie la plus importante est de demander de l’aide »
Foxes in love
Apprendre à exprimer ses émotions
Les émotions sont essentielles à notre survie. Elles sont une jauge pour savoir ce qui est bon ou mauvais pour nous [5]
![Alt repris de Interpréter la roue des émotions de Plutchik [5]
Primaire : Les huit secteurs sont conçus pour indiquer qu’il existe huit émotions primaires : la colère, l’attente, la joie, la confiance, la peur, la surprise, la tristesse et le dégoût.
Opposés : Chaque émotion primaire a un pôle opposé. Celles-ci sont basées sur la réaction physiologique que chaque émotion crée chez les animaux (y compris les humains, Plutchik a étudié les animaux !).
La joie est le contraire de la tristesse. Physiologie : connexion ou éloignement
La peur est le contraire de la colère. Physiologie : Se faire petit et se cacher ou devenir grand et bruyant
L’attente est le contraire de la surprise. Physiologie : Examiner de près ou sauter en arrière
Le dégoût est le contraire de la confiance. Physiologie : Rejet vs. accueil
Combinaisons : Les émotions sans couleur représentent une émotion qui est un mélange des 2 émotions primaires. Par exemple, l’anticipation et la joie se combinent pour être optimistes. La joie et la confiance se combinent pour être de l’amour. Les émotions sont souvent complexes, et il est utile de savoir reconnaître quand un sentiment est en fait une combinaison de deux ou plusieurs sentiments distincts.
Il existe également des émotions tertiaires, qui ne figurent pas sur la roue des émotions, qui sont une combinaison de 3 émotions (et peut-être que certaines émotions ont 4 parties ou plus ? Faites-nous savoir ce que vous pensez dans les commentaires ci-dessous).
Intensité : La dimension verticale du cône représente l’intensité – les émotions s’intensifient lorsqu’elles se déplacent de l’extérieur vers le centre de la roue, ce qui est également indiqué par la couleur : plus la teinte est sombre, plus l’émotion est intense. Par exemple, la colère à son plus bas niveau d’intensité est une gêne. A son plus haut niveau d’intensité, la colère se transforme en rage. Ou bien, un sentiment d’ennui peut s’intensifier jusqu’au dégoût si on n’y prend pas garde, ce qui est de couleur violet foncé.](https://maniaemma.blog/wp-content/uploads/2025/08/plutchik-wheel_fr.svg_.png?w=800)
Vous pouvez vous entraîner à décrire vos émotions, en utilisant par exemple cette liste simplifiée :
- Joyeux·se, heureux·se, enthousiaste
- Soulagé·e, apaisé·e après une difficulté, content·e
- Confiant·e, serein·e
- Vigilant·e, prévoyant·e, attentif·ve, inquiet·e
- Exaspéré·e, fatigué·e, essoufflé·e, épuisé·e, tourmenté·e
- Énervé·e, prêt·e à exploser, en colère, fâché·e, agressif·ve, haineux·se, en rage
- Triste, mélancolique, désespéré·e, déprimé·e

Apprendre à exprimer son affection
En famille, en couple ou en équipe, savoir exprimer son affection est un véritable atout.

Évidemment, on peut dire aux gens qu’on les aime, mais c’est insuffisant : les gestes et les intentions sont essentiel·les.
Voici une liste d’attitude que vous pouvez garder en tête pour exprimer votre affection :
- prononcer des paroles valorisantes
(sans comparer, cf. plus haut) - organiser des moments de qualité
(donc sans lire son smartphone ou son ordinateur, hein) - offrir des cadeaux avec symbole
(par exemple rappelant un bon souvenir commun) - rendre des services
(pour rappel : il y a service quand il y a une demande sollicitée de manière explicite ; on évite la posture du·de la sauveur·euses du triangle dramatique [6]) - entrer en contact physique : toucher le bras, tapoter sur l’épaule, prendre dans ses bras…

– Tu me manques chaque jour
– Merci pour tous les bons moments ensemble
-Merci pour tout »
Heyheymomo!
L’objectif est bien de fréquenter des personnes qui ont un niveau compatible de démonstration d’affection avec vous ❤️

Apprendre à exprimer sa tristesse
C’est en relisant le livre « Le Syndrome d’Asperger » [7], que je me suis rendue compte de l’importance de cette dimension, dont je n’avais pas conscience.
L’auteur explique (p. 177) :
J’ai vu un adolescent avec le Syndrome d’Asperger dont la mère se faisait du souci parce que plusieurs fois par semaine il disait qu’il allait se suicider. J’ai immédiatement procédé à une évaluation de signes cliniques de dépression. Il n’y en avait pas. Je lui ai ensuite expliqué le concept du thermomètre à émotions qui sert à mesurer l’intensité de ces dernières, et j’ai écrit sur un petit bout de papier les mots qui causaient de tels soucis : » Je vais me suicider ». Le thermomètre avait une échelle de 0 à 10, et je lui ai demandé de placer cette citation à l’endroit où il se situait quand il disait ces mots. Il a placé la citation au niveau 2. Nous avons découvert qu’il avait un vocabulaire extrêmement limité pour exprimer les sentiments de déception et de tristesse. Il avait appris les mots en question dans un film où l’acteur était suicidaire par chagrin, et il avait cru que c’était le moyen de communiquer tous les niveaux de tristesse.
Pour apprendre à exprimer sa tristesse, la seule solution, c’est de passer du temps en thérapie, voire en thérapie familiale. Oui, les psychologues servent aussi à ça, hein les hommes réfractaires là ! [8]
Apprendre à exprimer sa peur
J’insiste encore une fois : la peur, comme toutes les autres émotions, est essentielle à notre survie. Mais encore faut-il correctement l’interpréter !!
La peur se déclenche lorsque nous sommes « en présence ou en anticipation d’un risque ou d’un danger (imminent ou en cours, réel ou perçu) » [9]. Ce danger peut donc aussi la réminiscence d’un événement que vous avez vécu quand vous étiez enfant, vulnérable, et qui est donc totalement obsolète dans votre vie actuelle.
Il est alors intéressant de passer du temps, seul·e ou avec un accompagnement psychologique, pour catégoriser vos peurs : actuelles, anciennes, héritées de la famille, du pays…
Pour cette exploration, je vous recommande la lecture du livre Le corps n’oublie rien [10], qui mentionne des pistes de solution.
Quand vous sentez arriver une vague de peur ancienne ou hérité, vous pouvez calmer votre nerf vague en pinçant les tendons d’Achille de vos deux pieds pendant 30secondes chacun.
Il est également à noter que la très grande majorité des médias (presse, séries, cinéma, livres…) se finance principalement sur la peur qu’ils génèrent : la peur fait vendre. Prenez donc bien soin de cadrer votre consommation de médias, en terme de choix de média et de titres, et en terme d’intensité d’exposition.
Nous avons toustes à gagner à mieux interpréter nos peurs et celles des autres.

Une amie a répondu « Non, au pire il me viole et il me tue ».
C’est là que j’ai compris » Andy Khouri
Les dérives systémiques de la peur
En étudiant les matriarcats [11], j’ai réalisé que
- les matriarcats priorisent les besoins primaires de survie du groupe,
- le patriarcat hiérarchise les humain·es.

A partir de là, la peur de descendre dans la hiérarchie patriarcale (artificielle) est immense, et tous les moyens sont bons pour marcher sur les autres, voire saboter leur « ascension » : c’est cette peur qui génère tout ce qui divise les humain·es comme le sexisme, le racisme, l’homophobie (LGBTQIA+), la religion etc. . Je vous conseille le spectacle de Waly Dia, qui a une écriture très fine sur le sujet (malgré les extraits diffusés) [12]
Et en pratique, ça donne des trucs tristes comme ceux-ci : les racismes, les génocides, la surveillance policière, l’économie avant la survie de l’humanité, les profits individuels avant le partage avec les plus fragiles, le déni des connaissances scientifiques, les mensonges… et le mal-être généralisé.









Prendre soin de soi et des autres, c’est le début d’un changement systémique, et ça c’est une Révolution silencieuse, paisible et durable (que les médias n’aiment pas). Ça vous dit ? 🙂
A lire aussi :
[1] Cette fois-ci, il va me falloir me croire sur parole : je fais ici la synthèse de 30 ans de lectures et d’expériences professionnelles et personnelles. C’est impossible pour moi de tout retrouver 😅
[2] Test Les personnalités Com Colors : cette méthode est excellente pour prévenir les conflits dans les équipes, elle permet de poser une alerte dès les premiers signes de stress d’une personne dont on connaît les couleurs, et comment on réagit soi-même par rapport à ces signes.
[3] Article 5 pourquoi
[4] Article Alexythimie
[5] Articles
[6] Article Triangle dramatique
[7] Livre Le Syndrome d’Asperger – Guide complet de Tony Attwood
[8] Article Les hommes et leurs croyances sur les psys
[9] Article Peur
[10] Livre Le corps n’oublie rien de Bessel van der Kolk
[11] Série d’articles sur les sociétés matriarcales
[12] Spectacle de Waly Dia
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Très intéressant, tes articles permettent de prendre du recul, de se sentir moins seule et donnent des pistes, donc de l’espoir sur la gestion des émotions, de la suite, on apprend à tout âge.
Et puis la vidéo de Waly, excellent, bonnes tranches de rire.
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