Pour la plupart des gens qui ont vécu sans ou avec peu de traumatismes, ce que je vais écrire va sembler étrange. Ça va ressembler à un univers parallèle.
Pour les gens qui vivent avec des traumatismes, ce que je vais décrire va aussi ressembler à un univers parallèle : parce que quand on est habitué aux traumatismes, on ne sait pas toujours qu’on peut arriver à vivre sans.

Pensez à une personne en souffrances qui s’est toujours vu nier toute aide avec leurs souffrances anciennes, et imaginez ce qu’ils ont dû faire toutes ces années pour survivre. Le « complexes » veut dire que c’est compliqué. Une vie bâtie en mode survie est compliquée à expliquer. »
Apprivoiser une liberté angoissante
Alors que je sors de mes traumatismes [1], mon corps stresse : comment vivre avec tout ce manque d’obligations, de casses-têtes, et de problématiques ?
Je m’imagine cette situation comme vivre dans logement dans lequel, avant, il m’était interdit d’occuper l’espace d’un mètre devant les murs. Cette zone était marquée dans une couleur rouge bien visible : je voyais bien que cet espace était là, mais aucun meuble ne pouvait s’y trouver, et je ne devais pas y circuler. Et cette interdiction ridicule était transmise depuis des génération dans ma famille. Cette raison absurde me rendait dingue.
Maintenant, je me suis libérée de ce stupide héritage, et je peux occuper tout l’espace que je veux. Toutes les pièces me paraissent immenses et je suis un peu perdue. Mes vieux réflexes d’auto-limitation ne sont pas très loin, et je dois lutter contre eux au quotidien… Ce qui génère encore une petite angoisse de fond. Le pic de cortisol (hormone du stress) à 3h du matin revient régulièrement me le rappeler 😅
Dépasser le moment de flottement
Ce moment est étrange. Je vais mieux et, au même instant, le monde patriarcal s’enfonce, encore une fois (c’est cyclique) dans la noirceur. Je pense aussi que mon travail de vulgarisation sur les sociétés matriarcales [2] mettent tous ces éléments en perspectives, et me permettent de prendre beaucoup de distance par rapport à ces engrenages néfastes (et temporaires).
Je lis beaucoup d’articles, je regarde beaucoup de vidéos sur les traumatismes. Et j’ai notamment lu qu’il était parfois difficile de s’en détacher si on considérait qu’ils faisaient partie de notre personnalité. Couper avec un morceau de soi, de ce qui a contribuer à nous construire, c’est un véritable travail de deuil. [1]
Cet aspect de la sortie des traumas n’a pas fait écho chez moi pendant longtemps. Et puis, il y a quelques mois, alors que je réactivais mon réseau relationnel, ça a fait tilt.
Couper les liens symboliques avec mes traumatismes
Pour m’aider dans cette nouvelle étape, j’ai découvert grâce à des amies la technique du bonhomme allumettes [3], qui permet de couper un attachement symbolique à une personne, un objet, une idée, ou une croyance.

expliquée par Marion Fournier [3]
J’ai ainsi pu couper mon attachement à l’idée que je ne connaissais aucune femme qui pourrait m’inspirer comme role model… En fait, si, je peux m’inspirer moi-même, car je suis déjà sur le chemin de celle à qui je veux ressembler plus tard 🥰
J’ai aussi pu me couper des immenses émotions que générait l’idée d’aborder le passé douloureux avec ma famille. Ce qui m’a permis de poser des limites claires, formulées dans des termes que je n’avais jamais réussi à atteindre auparavant, et terminer de sortir du théâtre de marionnettes familial dans lequel j’avais été enfermée pendant si longtemps.
Consolider mes nouveaux repères
« On ne peut avancer qu’avec des gens qui l’ont aussi décidé », ai-je lu quelque part.
Arriver à pardonner, dans les deux sens, est nécessaire pour pouvoir réparer les relations abîmées. J’ai donc essayé de constituer des outils pour y arriver.
- Outil 1 : Séance de vidage de sac familial
- Postulat : Nous avons traversé des épreuves, et il est temps d’en parler, toustes ensemble.
- Avantages : tout le monde se sent entendu, et peut en repartir allégé
- Points d’attention :
- Tous les membres de la famille doivent se sentir en sécurité, physique et émotionnelle.
- L’objectif est d’écouter les autres, et d’intégrer comment ils ont pu vivre ces épreuves, pas de trouver des solutions, ni de désigner des coupables.
- Outil 2 : Discussion pendant une promenade à deux, avec l’ex
- Postulat : Nous avons traversé des épreuves, nous reconnaissons les souffrances, les efforts et les réussites ; nous pouvons discuter de l’avenir, de nous (en couple ou pas), des enfants, de nous avec les enfants, de nous sans les enfants.
- Avantages :
- L’exercice physique permet de sécréter des endorphines, l’hormone du bien-être.
- En marchant, les regards se croisent peu, et les cœurs peuvent s’exprimer avec des montées émotionnelles.
- Points d’attention :
- Choisir un itinéraire pendant lequel vous ne rencontrerez a priori personne que vous connaissez, pour éviter d’être interrompu•es.
- Choisir un itinéraire sur lequel vous pourrez marcher à deux de front, pour faciliter le dialogue, côte à côte.
- Accepter de reconnaître si on ne sera pas capable de changer, parce qu’on a atteint son maximum de souffrances. Cela permet d’établir une limite saine à la relation.
- Outil 3 : Atelier de brainstorming familial
- Postulat : Que pourrions-nous améliorer dans notre mode de fonctionnement familial ?
- Avantages : on canalise les frustrations pour mieux y répondre
- Point d’attention :
- Prendre 2 heures pour méta communiquer (communiquer sur comment on est organisé·es), en dehors du rythme habituel du quotidien.
- Il est crucial de réaliser un suivi régulier des décisions qui ont été prises.
J’ai aussi pris le parti de me faire accompagner par une psychologue formée aux TCC (Thérapie Cognitive et Comportementale) [4] : d’abord pour vérifier que je n’avais rien oublié dans mon parcours, et aussi pour essayer d’avancer sur mon chemin du pardon. Mon objectif n’est pas de pardonner l’autre, mais de calmer ma colère et d’arriver à demander réparation : je dédirai un prochain article à cette nouvelle étape.
A lire aussi :
[1] Article Sortir de ses traumatismes
[2] Série d’articles sur les matriarcats
[3] Vidéo Bonhomme allumettes
[4] Article TCC
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