Les populations d’Afrique centrale sont principalement issues du peuple Bantou, qui a diffusé dans toute la zone son modèle de société matriarcale.

en Afrique centrale [1]
- Le peuple Bantou, du Nil aux océans atlantique et indien
- Le peuple Bemba, matriarcat des terres pauvres
- Le peuple Luapula, matriarcat des terres fertiles
- L’extase érotique comme principe de vie
Le peuple Bantou, du Nil aux océans atlantique et indien
Il y a un peu plus de 5 000 ans, les Bantous ont migré partout sur le continent pour des raisons d’évolution climatique : des bords du Nil initialement, jusqu’aux actuel·les Cameroun à l’ouest, et Éthiopie et Afrique du Sud à l’est (p. 430) [2].
L’esclavagisme à grande échelle mis en place par les Européens a décimé les populations africaines par dizaines de millions de personnes, affaiblissant de manière phénoménale l’évolution technique du continent (p. 429, 443).

du fait de la traite négrière occidentale [3]
Avec les invasions arabes et occidentales, le patriarcat s’est imposé comme la structure officielle des États, provocant le développement des traditions de mutilations génitales et de polygynie (plusieurs femmes pour un seul mari) (p.439, 448).
Les matriarcats continuent néanmoins d’exister de manière non reconnue par le mode de fonctionnement imposé par les Européens.


Dans son livre, Heide Goettner-Abendroth prend l’exemple de deux matriarcats : les Bemba et les Luapula.
Le peuple Bemba, matriarcat des terres pauvres
Le peuple Bemba vit de cultures itinérantes, selon les principes de la matrilinéarité et la matrilocalité. Leur système de reine-roi Lunda [5] a été détruit par les colonisateurs européens. (p. 433). [6]
Rôles des femmes : horticulture, culture sur brûlis, éducation des filles ; système d’assistance mutuelle entre parents proches et allié•es.
Rôles des hommes : défrichage, chasse, éducation des nièces et neveux.
Organisation des clans :
- mobilité des villages-républiques (30-50 huttes légères)
- Intermariage entre clans matriarcaux par paires (encore existant dans 50% de la population) : mariage de cousins croisés généralement plus stables
- Premier mariage arrangé, mais facilement rompu
- Chef de village : homme âgé ayant la mission de décider par consensus et d’agrandir le village en attirant des parents proches (nécessité d’attention, de sagesse et de générosité)
Illustrations de la vie des femmes Bemba [7] :






Le peuple Luapula, matriarcat des terres fertiles
En plus grand nombre, le peuple Luapula est matrilinéaire, avunculocale (avec le frère de la mère). Chaque sexe y a sa propre économie et ses propres instances, sociétés secrètes, et rites (p.444). [8]
Il m’a été très difficile de trouver comment illustrer les Luapulas en vidéo : voici la vidéo d’un rituel avec uniquement des femmes.
Rôles des femmes : propriétaire de la terre et des récoltes ; chargées des intérêts des femmes, et du clan.
Rôles des hommes : pêche ; chargés des intérêts des hommes
Organisation des clans : Mariages entre cousin·es croisé·es
Les gouvernements coloniaux européens et leurs missionnaires protestants ont provoqué une grave rupture de l’ordre social bien équilibré des Luapula. Le système de marché industriel qu’ils ont introduit n’a profité qu’aux hommes, qui ont réussi dans certains cas à amasser une fortune personnelle. Ces hommes-là ont refusé de partager leur richesse récemment acquise avec leurs clans matriarcaux, et se sont séparés d’eux. Ils sont devenus membres des sectes protestantes qui prêchent l’évangile de la propriété privée au lieu de l’appartenance clanique, et déterminent les liens de parenté selon la lignée du père, non selon celle de la mère. L’idéologie protestante considère la prospérité comme la preuve d’être élu par Dieu; cela conforte le sentiment qu’ont ces hommes d’avoir le droit de faire primer leurs intérêts financiers sur toute revendication que le clan pourrait émettre envers eux. Avec le soutien des missionnaires, ils ont aussi tenté d’instaurer le mariage monogamique, avec l’homme pour chef de famille, afin de garantir que leur propriété privée se transmette en ligne masculine à leurs fils. Pour y parvenir, ils ont cherché à « libérer » les femmes de la structure clanique en les séduisant avec leur argent récemment acquis. Certaines femmes consentent à de tels mariages, dans l’espoir d’être déchargées du dur travail des champs – un bénéfice de courte durée. Même quand ces femmes se convertissent au christianisme, elles abandonnent très vite les sectes en raison du rôle négligeable qu’on entend leur voir jouer. Elles retournent dans leur foyer et en reviennent aux pratiques sociales et religieuses traditionnelles.
Illustrations de la vie des femmes Luapulas [10] :




L’extase érotique comme principe de vie
Heide Goettner-Abendroth développe toute une partie du chapitre sur le vie sexuelle très libre des matriarcats Bandous (p. 440, 446). En lien avec la ligne éditoriale de ce blog, j’en reprends ici les grandes lignes.
En général, les peuples de ces cultures d’Afrique centrale vivent dans un monde d’extase érotique dans lequel le symbolisme sexuel imprègne toute chose.
Les femmes Luapula sont sexuellement très actives, ce qui est considéré comme une bonne chose. (…) On redoute le type de monopole sexuel qui peut s’instaurer si une femme trouve son mari trop attirant et reste par conséquent trop longtemps avec lui. Il n’est pas souhaitable qu’une femme cède trop à son mari, car un homme ayant le monopole rend la femme « esclave » et sème le « chaos » dans le clan de celui-ci.
La santé, la paix et la culture sont censées résulter de rapports sexuels satisfaisants. (…) La forme de mariage qui domine chez les Luapila est la polygynie-polyandrie.
Un groupe de sœurs décideront souvent de partager un seul homme entre elles, pour échapper au fardeau d’assurer les besoins de plusieurs époux. Dans ce système, toutes les épouses concourent aux prises de décision – même contre l’homme, si nécessaire, et cela ne favorise pas la « domination » de ce dernier. Et, lorsqu’il est souhaitable d’avoir une descendance limitée, un groupe de frères peuvent choisir de partager une seule épouse. Mais ce genre de polyandrie n’est pas attirant pour les femmes, car cela veut dire qu’une seule femme devra assurer les besoins des enfants et de tous les époux.
C’est ainsi que nous clôturons la partie sur les matriarcats africains. Pour le prochain article, nous partons en Asie, et plus particulièrement en Inde.

Cet article fait partie d’une série issue du livre sur Les sociétés matriarcales par Heide Goettner-Abendroth.
[1] Article Bantous
[2] Livre Les sociétés matriarcales par Heide Goettner-Abendroth
[3] Article La pygmée qui voulait se faire bantoue
[4] Article Esclavage en Afrique
[5] Article Lunda
[9] Article Bemba
[7] Photos :
- Returning to Zambia
- BEMBA PEOPLE: MATRILINEAL, AGRARIAN AND THE THE LARGEST ETHNIC GROUP IN THE ZAMBIA
- The Week in Pictures: The Bemba traditional cousins from Eastern Province
- THE BEMBA PEOPLE
[9] Livre Matrilineal Ideology: Male-Female Dynamics in Luapula, Zambia (Studies in Anthropology)
[10] Photos
- First Lady Esther Lungu’s trip to Northern and Luapula provinces in pictures
- About Our Zambia Country Office
- NGOCC Elects a New Board of Governors
[11] Article Infunkutu—the Bemba Sexual Dance as Women’s Sexual Agency
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