Avec l’Afrique de l’Ouest, on entre dans un nouveau monde : celui où les matriarcats sont tellement répandus et divers qu’on peut les classer en plusieurs catégories.
Ici, je ne reprends pas du tout la structure du livre, parce qu’elle est extrêmement riche, et impossible à résumer de manière lisible. Vous retrouverez plein de liens en bas de page pour en découvrir plus sur chaque peuple ; mais attention, ce sont surtout des liens Wikipedia, donc avec un angle de présentation patriarcale et colonialiste. Si vous voulez creuser le sujet, je vous invite simplement à lire le livre de Heide Goettner-Abendroth (c’est à partir de la page 459).[1]
La vivacité des matriarcats d’Afrique de l’ouest
Mon objectif pour cet article (comme pour toute la série d’articles d’ailleurs), et surtout de vous montrer que les matriarcats sont toujours bien vivants.
Comme pour les Touaregs, les matriarcats d’Afrique de l’ouest (et notamment les Arkan) ont dû résister aux invasions patriarcales, notamment musulmanes des 7e et 12e siècles. [2]

Les matriarcats africains sont très anciens, très nombreux et très divers. Ils s’étendent sur tout le continent.

Ces peuples ont été fondés puis perpétués par des reines-mères [3]. Elles sont détentrices du territoire sacré. Leurs histoires sont toujours présentes dans la transmission orale et dans les religions ancestrales. Il peut y avoir matrilignage pour la famille royale et patrilignage pour le peuple, ou inversément. Le patrilignage n’est pas suffisant pour imposer le patriarcat.
Heide Goettner-Abendroth développe l’exemple des Akan (p. 460), peuple fondé en 1295 par la reine-mère Ameyaa Kese, ou « Ameyaa la Grande » (peu trouvable en ligne). Ce peuple s’est fondu dans le royaume de reine-roi Ashanti en 1740… Et l’administration coloniale anglaise a signé la ruine du royaume de reine-roi Ashanti en 1901. Il s’agit maintenant du Ghana.
Voici une vidéo du 2nd Congrès mondial des études matriarcales (2014), avec Heide Goettner-Abendroth qui introduit un panel d’intervenant·es d’Afrique de l’ouest : Dr. Wilhelmina J. Donkoh, Akan (Ghana), Gad Agyako Osafo, Akan (Ghana/Allemagne), Médecine Cécile Keller (Suisse), Dr. Yvette Abrahams, Khoekhoe (Namibie, Afrique du Sud), Bernedette Muthien, Khoisan (Afrique du Sud). [4]
Dr Wilhelmina J. Donkoh explique par ailleurs [5] :
D’une certaine manière, le Ghana dispose d’un double système de gouvernance. Le premier est le système d’État moderne avec ses institutions. Le second est le système traditionnel qui remonte à l’époque précoloniale.
L’évolution du système moderne peut être attribuée à la domination coloniale britannique qui a commencé au début du XIXe siècle par des méthodes graduelles et subtiles d’empiètement sur la souveraineté qui était dévolue aux peuples indigènes dirigés par leurs dirigeant·es locaux·les.
Parmi les méthodes utilisées, on peut citer l’introduction progressive des principes de la Common Law anglaise pour trancher les litiges et l’introduction de systèmes fiscaux visant à collecter des revenus pour couvrir les coûts de l’administration. Au fur et à mesure de son évolution, le nouveau système n’a pas effacé les systèmes indigènes antérieurs par lesquels le peuple s’était gouverné lui-même. Cependant, la domination coloniale a interrompu les processus d’évolution des structures administratives traditionnelles et a sapé les bases de l’autorité traditionnelle, qui reposaient sur l’autorité morale et la consultation ; elle a fait de la force physique organisée le principal moyen d’action de l’autorité.
D’autre part, l’administration coloniale a donné aux chef·fes traditionnel·les, parfois appelé·es chef·fes naturel·les, une nouvelle base pour leur existence.
Les reines-mères
Les reines-mères peuvent gouverner seules, avec un roi, ou en triade avec une sœur et un roi (p. 485).
J’ai repris ici les exemples cités par Heide Goettner-Abendroth.
Nous avons connaissance d’une lignée dynastique purement féminine de 17 reines par la tradition de l’ancien royaume de reine Songhaï ; cela a eu lieu avant 1050 – c’est-à-dire avant que l’islamisation ne fasse ici sont apparition.
| Une reine-mère | Une reine-mère & un roi | Une reine-mère & une reine sœur & un roi | |
|---|---|---|---|
| Exemples anciens | Songhaï (Niger) Lunda-Luba (Afrique centrale) Lobedu (Afrique du Sud) 1800-2001 | Fulani (Nigeria) Bachara Bolewa Kotoko Baguirmi Yoruba | |
| Exemples actuels | Zaria (Niger) So (Cameroun) Haoussa (Soudan Occidental) | Akan Mandé (Sierra Leone) Shilluk (Nil supérieur) Zoulous (Afrique du Sud) | Ganda (Ouganda) Ankole (Kitoro) Batéké (Congo) |
| Dans la pop culture | Tornade (X-Men) | The Woman King | Black Panther |



Je vous épargne les différents modes de fonctionnement, ils sont trop compliqués et trop divers pour ce résumé : en gros, il faut retenir que les matriarcats ne sont pas basés sur les partenaires sexuels, mais sur la matrilinéarité. Je voulais aussi et surtout que vous vous rendiez compte que c’est un système qui fonctionne durablement, et qui ne pousse pas à envahir ses voisins.











Les reines-mères combattantes
Certaines reines-mères furent des combattantes redoutables face aux envahisseurs patriarcaux : voici les plus célèbres d’entre-elles. [7]
Reine Nzinga des Mbundu (Angola) : contre les Portuguais (1581-1663)
Reine Pampa des Bidyogo (archipel des Bijagos) : contre les Portuguais (19e siècle)
Reine Ranavolana Ière des Merina malais (Madagascar) : contre les Anglais et les Français (1828-1861)
- 1835 Elle chasse les missionnaires européens et proscrit la religion chrétienne
- 1845 Elle suspend les accords commerciaux avec l’Angleterre et interdit à l’ensemble des Européens de commercer avec Madagascar
- 1897 Fin de sa lignée, après 3 autres reines
Reine Yaa Asantewa des Ashanti (Ghana) : contre les Anglais (1860-1921)
Je reste submergée par tant de vivacité. Et comme je m’en doutais, le plus important n’est pas dans ce qui nous a été transmis par écrit, mais dans toutes les pratiques et les transmissions orales. J’ai plusieurs amies originaires de la région, je vais essayer de récolter leurs avis sur cet héritage (pour une prochaine fois!). Dans le prochain article, on couvre l’Afrique centrale, avant de partir en Asie !

Cet article fait partie d’une série issue du livre sur Les sociétés matriarcales par Heide Goettner-Abendroth.
A lire aussi :
[1] Livre Les sociétés matriarcales par Heide Goettner-Abendroth
[2] Articles :
[3] Article Reine-mère (Afrique)
[4] Articles :
- Akan and Ashantein Ghana and the Ivory Coast
- Second world Congress on matriarchal studies : Lecturers of the Congress
[5] Article Traditional leadership, human rights and development: the Asante example
[6] Articles sur les peuples :
(attention : rédactions patriarcales colonialistes)
- Songhaïs
- Lovedu (FR) / Lobedu (EN)
- Zarmas
- Lunda(EN)
- Sao
- Haoussas
- Peuls
- Kotoko
- Baguirmi
- Yoruba
- Akan
- Mandé
- Shilluk
- Zoulous
Articles sur la pop culture :
- Tornade
- The Woman King prouve que l’afroféminisme rend les films meilleurs
- Womanist perspectives on the representations of gender and black identities in Black panther
- The Women of Wakanda are Forever
Avec aussi pour les sources des photos :
- ‘Black Panther’ The Wakanda Royal Family Tree ‘Black Panther’ The Wakanda Royal Family Tree
- Awutu Beraku Queenmothers call for proper bye laws
[7] Articles :
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