Comme on l’a déjà vu avec les matriarcats des Amériques, les peuples matriarcaux d’Afrique du Nord ont survécu en ayant fui dans le désert les envahisseurs patriarcaux.
L’histoire des Touaregs abonde en fondatrices et reines régnantes (…), ce qui traduit l’origine qu’ils ont en commun avec les Berbères de Libye et des montagnes de l’Atlas. Ce sont les ancêtres féminines qui ont migré vers le vaste désert. Maintes et maintes fois, elles ont échappé à l’invasion de divers conquérants patriarcaux (…) sans jamais se soumettre ni céder. (p. 511)
Les peuples Touaregs du désert
Les peuples Touaregs du Sahara (p. 497) se sont converti à l’Islam, mais certains ont conservé des traditions matriarcales [1]. Il s’agit notamment des Touaregs Kel Ahaggar, du massif du Hoggar.

Dans ces conditions de vie très difficiles, les femmes sont propriétaires des tentes et du cheptel de chèvres, essentielles à la survie, et des dromadaires. Les hommes sont les représentants commerciaux des femmes pour du commerce de très longue distance (des milliers de kilomètres), à dos de dromadaire.
Au quotidien, les femmes et les hommes se voient peu. Pour renforcer leurs liens, les femmes ont développé les rencontres poétiques ähâl, avec de la musique et des chants.
- Distribution des rôles
- Femmes : propriétaires, gestion des biens produits ou échangés, guerrières quand nécessaire ; la matriarche gère le troupeau et distribue le lait du troupeau
- Hommes : commerce, pillages, représentants à l’extérieur, guerriers
- Organisation des clans
- Matrilinéaire : les femmes héritent des tentes.
- Grande liberté sexuelle (ähâl), les femmes sont encouragées à multiplier les partenaires ; mariage tardif (25-35 ans), monogame et généralement court, dot importante à la femme pour garantir son indépendance économique ; divorce facile
- Matrilocalité ; les filles restent avec leur mère, les fils se marient de manière endogamique (même clan)
- Une tente = une femme, son mari, ses enfants ; il y a plusieurs tentes pour un matrilignage, plusieurs matrilignages dans un clan.
- Les décisions sont prises en plusieurs étapes :
- 1. Les femmes et les hommes du même matriliniage prennent les décisions ensemble, dans leur tente individuelle. La matriarche dirige les affaires internes et nomme les délégués.
- 2. Coordination entre tentes au sein du Conseil clanique « Djemma ».
- 3. Les chefs de clan, des hommes, sont délégués aux grands conseils des hommes (alliance de peuples), mais ne sont pas les décideurs. Les femmes peuvent intervenir si besoin ; elles peuvent destituer leurs chefs de clan à tout moment.


Le peuple Dag Rali des oasis et des wadis/oueds
Le peuple Dag Rali est issu (culturellement ou par mélange) des Isebeten, peuple libyen ayant fui l’invasion des patriarcats égyptien (Ramsès III), phénicien, romain (Siège de Sagonde en -218), Arabes (7e siècle), pour devenir Berbères dans les montagnes du Hoggar, où il a rencontré d’autres matriarcats en fuite, dont les Isebeten. (p. 512) [2]
Dans le désert, les Dag Rali vivent d’agriculture d’oasis et d’élevage de chèvres. Les wadis collectent les pluies et les redistribuent dans l’oasis via un système d’irrigation.
Heide Goettner-Abendroth ne parle pas de la répartition des rôles ni de l’organisation des clans chez les Dag Rali. Elle précise néanmoins que les femmes sont propriétaires des biens, que les clans fonctionnent via le matrilignage, et que la matriarche est responsable de l’administration des biens.
Héroïnes d’Afriques du Nord [3]



Je vais conclure ici avec plusieurs points :
- Je n’ai pas abordé ici le système de classes qui s’est petit à petit créé avec les différentes vagues de migrations ; il s’agit ici d’un autre thème, différent des matriarcats.
- J’ai trouvé peu de sources en ligne : Internet est bien le reflet de notre roman occidental… Et ça me donne envie d’apprendre l’arabe pour en savoir plus !
Pour le prochain article, on descend au sud, avec les matriarcats d’Afrique de l’ouest (et puis après on ira à l’est).

Cet article fait partie d’une série issue du livre sur Les sociétés matriarcales par Heide Goettner-Abendroth.
Lire aussi :
[1] Articles :
[2] Article La femme reine incontestable du monde amazigh (Berbères)
[3] Articles :
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