Les matriarcats d’Amérique du Sud, un peu d’Incas, et les vraies Amazones

Arrivés il y a 7000 ans de l’Est de l’Asie, les matriarcats d’Amérique du Sud se sont propagés sur tout le continent et sur ses îles, slalomant entre les Incas et les envahisseurs blancs.

Je terminais l’article précédent en évoquant le dessin animé des Mystérieuses Cités d’Or [1], qui a bercé mon enfance. En préparant cet article, je m’y suis replongé, et je me suis rendu compte que :

  • la page Wikipedia raconte entièrement l’histoire de la saison 1 ! (chapeau!)
  • il existe plusieurs sites web dédiés à la série.
  • le dessin animé saison 1 comporte très peu de femmes, mais bien les vraies Amazones, que je vais évoquer plus bas ; les saisons plus récentes introduisent plusieurs femmes… mais elles se déroulent en Afrique et en Asie, donc cela ne relève pas de cet article (mais plus tard, oui!).
  • tous les peuples précolombiens évoqués sont tous patriarcaux : Mu, Incas, Mayas, Aztèques, Olmèques.

Je vous offre néanmoins un petite mise en ambiance nostalgique :

Des origines multi millénaires

Tout semble commencer autour de la culture Valdivia [2] (p. 284), qui aurait amenée avec elle la structure sociétale matriarcale, ses mythes et ses savoir-faire exceptionnels en céramique et en sculpture (comme les géants de l’île de Pâques, mais nous reviendrons plus tard sur les matriarcats du Pacifique). Existent encore les mégalithes Tiahuanaco autour du lac Titicaca en Bolivie.

Mégalithe de Tiahuanaco (source: Wikipedia [1])

Ensuite, les cultures Machalilla et Chorrea [3] se sont développées, améliorant à chaque époque leurs techniques agricoles. Plus tard, la culture Chibcha [4] (p. 281-282), axée sur l’agriculture et le commerce, a apporté les maisons de pierre, la culture en terrasse, les systèmes d’irrigation, les routes, les digues, et les constructions mégalithiques.

Sociétés matriarcales en Amérique du Sud
-5000  -1500 culture Valdvia
-2000 à -1000 culture Machalilla
-1500 à 0 culture Chorrera
-1000 à 0 culture Chevin
0 à 1500 culture Chibcha
1440 expansion Inca
1500 invasion par les blancs

Un nouveau pôle, apparu à l’époque de l’Etat inca, a été la culture Chibcha, avec ses cinq immenses empire successifs d’une importance comparable à ceux du Mexique et du Pérou. (…) Sous la pression de nouveaux immigrants patriarcalisés, tels que les Caribes, la culture Chibcha est devenue plus centrée sur les hommes, finissant par développer des empires patriarcaux semblables à celui des Incas.

Des sociétés matriarcales descendantes des Chibcha continuent d’exister, mais en bien plus petits nombres, et avec des techniques bien moins élaborées : les Capaya des forêts des montagne en Equateur ; les Shipibo dans la forêt humide du Pérou oriental ; les Kagaba-Kogi dans la Sierra Nevada de Colombie ; les Arawaks, que nous allons mieux rencontrer juste après.

Il est facile de comprendre comment les Arawak, probablement les plus anciens vecteurs de la culture Chibcha, se sont écartés des peuples des Andes occidentales (actuels Pérou et Colombie) et ont migré dans les régions côtières septentrionales et les forêts humides orientales. Ils apportaient avec eux leur ancienne culture extrêmement développée. Certaines communautés arawak auraient été soumises par les nouveaux arrivants et assimilées dans leurs empires patriarcaux.

Les cultures matriarcales sont arrivées en Amérique du Sud et en Amérique Centrale avec plusieurs vagues de migrant·es venu·es du Pacifique, sur plusieurs millénaires. Sur le continent et sur les îles, elles ont été diffusées à partir de la côte ouest, vers le nord et vers le sud, et d’est en ouest ; sur la côte est, elle est s’est diffusées sur toute la côte vers le nord et vers le sud grâce à la navigation dans le delta du fleuve Amazone.

Les Arawaks, aujourd’hui survivant·es de l’invasion par les blancs

Descendant·es de la riche culture Chibcha, les Arawaks [5] (p.261) étaient présent·es sur tout le continent et dans les îles (notamment les Caraïbes).

A partir de Valdivia sur la côte ouest de l'Amérique du Sud, les Arawaks se sont dispersé·es le long de la côte, vers les Caraïbes, dans toute l'Amazonie via les voies d'eau, et dans les montagnes andines
Migration et propagation des Arawaks

Iels étaient régulièrement attaqué·es, pillé·es, kidnappées par les sociétés patriarcales Caribe et Tupi.

Iels ont ensuite été décimé·es par les blancs avec l’esclavagisme, lors de révoltes, et avec les maladies importées. Certain·es ont pu s’échapper et survivre dans des petites communautés isolées, loin dans la forêt amazonienne, loin dans la montagne andine ou en se mélangeant à d’autres populations sur d’autres îles (le peuple Taino). Un effondrement total de la culture s’ensuivit, vivant simplement habitants de la forêt humide ou comme éleveurs dans des conditions désertiques sévères.

En Colombie et au Venezuela, les Goajiro Arawaks représentent aujourd’hui la plus grande communauté Arawak, avec 60.000 personnes. C’est le savoir-faire de la culture des perles qui les a sauvé·es face aux envahisseurs. Iels ont depuis aussi développé une économie d’élevage nomade, et la récolte du sel des marais salants.

L’organisation sociale Arawark est matrilinéaire et matrilocale : la matriarche assure l’unité du clan, son frère aîné représente le clan de monde extérieur.

  • Distribution des rôles :
    • Hommes : faire paître les animaux, déboisement ; l’oncle maternel s’occupe de l’éducation des garçons
    • Femmes : traire et fabriquer le fromage, cuire la viande, plantation ; la tante maternelle s’occupe de l’éducation des filles
  • Organisation des clans :
    • Le chef du village (généralement un homme) est élu parmi les clans les plus riches : avec les richesses de son clan, il doit protéger tous les autres. Dès que ses moyens se réduisent, un autre chef est élu. Le chef du village représente le village chantent et dansent aux fêtes, mais ne possède aucune autorité.
    • Exogames (se marient en dehors du clan) : les clans sont liés par 2 par 2 via des intermariages perpétuels. Le mariage collectif a été remplacé par le mariage individuel. Le divorce est facile.
    • L’épouse va vivre chez son époux. La mère de l’épouse reçoit de bétail, qui permet à l’épouse de nourrir et vêtir l’époux. En cas de divorce, le bétail appartient à l’épouse.

Chassent et pêchent sans arcs ni flèches.

Les images trouvées en ligne sont quasi systématiquement occidentalisées. Voici les deux seules que j’ai trouvées qui ressemblent à ce qui est décrit par Heide Goettner-Abendroth :

Les vraies Amazones

Au départ, les Amazones sont un mythe inventé par les Grecs antiques en extrapolant la vie des combattantes scythes [6].

Mais quand les blancs ont envahi l’Amérique du Sud, ils ont rencontré un vrai peuple de guerrières, qui vivaient uniquement entre elles (p. 273). Ils ont dû se résoudre à les appeler Amazones, et leur territoire, l’Amazonie. Ces guerrières sont en fait des Arawaks qui ont fui la patriarcalisation de leurs communautés, et se sont réfugiées dans les montagnes, où elles ont utilisé leur savoir-faire pour construire de vraies forteresses en pierre.

A noter qu’ailleurs, les femmes Arawaks avaient déjà bien l’habitude de combattre aux côtés des hommes Arawaks.

Dans les Cités d’Or, les Amazones sont habillées comme des guerriers… Hé bien dans la réalité, ce n’est pas du tout le cas ! Elles étaient nues, extrêmement athlétiques, et peintes en blanc.

Les Grecs antiques décrivaient des Amazones qui martyrisaient les hommes des alentours, hé bien là, pas du tout. C’est même très… chaud ! Je ne résiste pas à vous reprendre la description complète de la rencontre en 1954 entre un chercheur brésilien, Eduardo Prado, et un village d’Amazones (p. 277-279) (sans descriptions explicites). Il s’agit là d’un joli pied de nez aux fabulations misogynes antiques.

Évidemment, je n’ai pas trouvé en ligne de photos des Amazones Arawaks…

Et Heide Goettner-Abendroth de conclure :

Les véritables Pays des Amazones – pas si rares qu’on pourrait le penser – sont une forme particulière d’organisation sociale, engendrée par des conditions extrêmes. Ces conditions doivent être étudiées et analysées; c’est-à-dire que la question des «Pays des Amazones » mériterait des éclaircissements au lieu d’être un sujet tabou.

La fois prochaine, nous nous rapprochons de l’Europe, avec les matriarcats d’Afrique du Nord. Je sens que beaucoup de copines vont s’amuser en retrouvant des habitudes familiales qu’elles connaissent bien !

A lire aussi :

[1] Articles

[2] Livre Les sociétés matriarcales par Heide Goettner-Abendroth

Articles

[3] Articles

[4] Article CHIBCHA ou MUISCA Difficultés d’une chronologie

[5] Articles

[6] Articles


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