Le matriarcat existe-t-il ?

Avec cet article, nous embarquons dans l’exploration des sociétés alternatives à celles organisées par le patriarcat. D’hier à aujourd’hui, un « autre monde » existe.

Pour cette série d’articles, je me base essentiellement sur le livre Les sociétés matriarcales de Heide Goettner-Abendroth [1]. J ‘y reprends les éléments les plus marquants. L’ouvrage dure 569 pages, et est riche de sources scientifiques et d’histoires sur l’évolution des concepts scientifiques féministes. Si le sujet vous intéresse, je vous encourage à le lire en entier : bien que long, il est facile à comprendre… et il fait chaud au cœur : ça fait du bien de lire que les guerres ne sont pas inéluctables.

Dans cet article, nous allons parcourir l’introduction, avec le vocabulaire et les concepts de base essentiel pour pouvoir comprendre cet « autre monde ».

Heide Goettner-Abendroth commence sa démonstration avec un constat (p.13) :

  • Le sexisme est un colonialisme interne par l’exploitation des femmes en général aussi bien que la plupart des hommes, bien que ces exploitations soient bien différents.
  • Par opposition, l’idéologie patriarcale est un colonialisme externe, mélange d’impéralisme, de racisme et de sexisme fondé sur l’exploitation (cf mon article glissement patriarcal).
  • Le matriarcat n’est pas un symétrie du patriarcat. Il s’agit plutôt d’un paradigme matriarcal, qui s’enracine dans une grande diversité de modèles de sociétés et de contextes historiques.

Ainsi, le colonialisme devrait être reconnu comme patriarcat colonial, le capitalisme comme patriarcat capitaliste, la mondialisation capitaliste comme patriarcat mondialisé (p.16).

Les sociétés matriarcales existent (encore) sur tous les continents, et depuis bien plus longtemps que les sociétés patriarcales (p.17).

Elles génèrent (p.19-20) :

  • Des économies équilibrées de partage fondées sur la circulation des dons
  • Des sociétés horizontales et non hiérarchisées de parenté matrilinéaire (dont la filiation se fait par les mères)
  • Des politiques égalitaires fondées sur le consensus, axées fondamentalement sur la paix (p.31)
  • Des cultes d’une déesse

Définition du « matriarcat » (p.20-21) :

  • Les mères sont au centre de la société (matrilinéarité)
  • Le pouvoir de distribution des biens est détenu par les mères (ou les femmes)

Comme la prise de décision exige que l’ensemble du groupe parvienne à un consensus, aucun droit particulier n’est dévolu aux dirigeantes (p.44)

Le rôle prépondérant des mères se retrouve de manière similaire et continue, des grands primates aux premières sociétés humaines, puis dans les pratiques rituelles, les mythes et les religions (p.52-53).

On note notamment une ancienne forme rituelle religieuse, celle de la Grande Déesse et de son roi-sacré, ou roi-prêtre, qu’on retrouve dans le christianisme (p.54).

Le destin du roi passe par un cycle qui début par son initiation en tant que roi-prêtre, se poursuit par son union sacrée avec la déesse, et aboutit à sa mort rituelle – qui peut prendre diverses formes – avec la promesse d’une renaissance par l’intermédiaire de la déesse. Puis un successeur – réincarnation du roi mort – deviendra le nouveau roi sacré.

La Grande Déesse se retrouve sur de longues périodes de temps chez un grand nombre de peuples, et notamment via (p. 60-61) :

  • les nymphes grecques
  • les femmes-arbres, les nymphes aquatiques et les esprits du blé d’Europe centrale
  • les fées et la déesse du paysage anglaises

Le patriarcat serait arrivée dans la Vieille Europe via les cavaliers des steppes russes (p. 67) [2]. Ensuite, l’aristocratie militaire aurait détruit les matriarcats par la violence et la domination, partout dans le monde « avec des conséquences toujours plus catastrophiques, et ce jusqu’à présent » (p.57).

Diverses idéologies modernes sont venues se superposer à ses éléments constitutifs et les ont déformés (…). Si bien que les éléments matriarcaux enchâssés dans ces traditions orales ont été rendus totalement invisibles dans les conceptions du monde et les études universitaires patriarcales – puisque aucun instrument d’optique qui permettrait de les voir n’a été conçu. (p.59)

Aujourd’hui encore, l’archéologie patriarcale réfute les démonstrations scientifiques des hommes et des femmes archéologues qui apportent les preuves de ces matriarcats anciens et toujours présents en filigrane de nos sociétés. Certains archéologues masculinistes vont même jusqu’à falsifier des artefacts pour nier la place des femmes.

Ils reconnaissent des sociétés égalitaires, mais en niant qu’il s’agit de matriarcats… Parce qu’ils ne peuvent envisager le matriarcat que comme symétrique au patriarcat, avec ses relations de domination (p.64).

Dans le giron des mouvements féministes occidentaux des années 1970, on a observé la rencontre entre l’approche nouvelle de chercheuses féministes et le travail d’anthropologues autochtones issus de sociétés matriarcal existantes. Heide Goettner-Abendroth les appelle les Recherches matriarcales modernes (p.69 et suivantes). Elle a d’ailleurs fondé HAGIA, l’Académie internationale pour les Recherches matriarcales modernes et la spiritualité matriarcale en 1986 (p.73).

Il y a encore plusieurs mots de vocabulaire qui manquent à ce résumé :

  • matrilocal : tradition qui amènes les conjoints à venir vivre dans le village des conjointes ; par opposition à patrilocal : les conjointes viennent vivre dans le village des conjoints
  • société matrifocale : centrée sur les mères
  • archéomythologie : connexion durable entre les preuves archéologiques et les mythologies [2]

Suite à cette introduction, la série fera le focus sur des éléments qui pourraient nous inspirer dans nos vies quotidiennes, et surtout nous donner espoir d’un monde apaisé. Nous plongerons ensuite dans la présentation des sociétés matriarcales reprises dans le livre sur les 3 continents (Asie, Amériques, Afrique). Et j’essaierai d’ajouter des photos, plein de photos, et des vidéos pour pouvoir nous projeter dans ces sociétés.


Couverture du livre

Cet article fait partie d’une série issue du livre sur Les sociétés matriarcales par Heide Goettner-Abendroth.

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A lire aussi :

[1] Le site web de Dr. Heide Goettner-Abendroth

[2] Les travaux de Marija Gimbutas

Sources des images :


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