« Va voir un psy » est perçu comme une insulte, et pourtant, suivre un parcours de thérapie psychologique pourrait aider beaucoup d’hommes. On va voir comment.
- Des poings à la parole
- De la parole aux émotions
- Le patriarcat face aux émotions
- Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- Comment choisir sa•son psy ?

Connaissez-vous l’effet Dunning-Kruger ? C’est celui qui explique que moins tu connais un sujet, plus tu crois qu’il est simple [1]. Hé bien voilà, messieurs, on est en plein dans notre question du jour.
Des poings à la parole
Pendant longtemps, et jusqu’à très récemment, chaque génération vivait une guerre, et on y envoyait les jeunes hommes se battre (NB : les femmes y étaient interdites). Ceux qui ne voulaient pas y aller étaient envoyés en prison, et ceux qui désertaient étaient fusillés [2]. Dans de nombreux pays, même le service militaire a été supprimé depuis une trentaine d’année [3].
Et comment on se développe quand on sait qu’on va aller risquer sa vie pour les autres, de manière imposée ? Hé bien on se coupe de ses émotions [4]. Et après la guerre, on revient dans quel état ? On en revient généralement traumatisé [5].
Jusqu’à la prise en charge psychologique des vétérans étasuniens de la Guerre du Vietnam, nous possédions peu d’outil pour traiter ces traumatismes [6].
Pendant très longtemps donc, le sens de la vie des hommes c’était : « Je vais me battre pour vous ✊ » : à la guerre, au boulot, dans les soirées arrosées, sur la route… Bref, ça a certainement un peu trop dévié.
Mais bon, en vrai la guerre c’est plutôt très con. Donc à un moment de prospérité éclairée, les gens ont décidé de commencer à se parler plutôt qu’à se taper dessus. Évidemment, je simplifie, mais en gros on a quand même nettement moins de conflits armés que dans le passé… même si on ne sait pas si ça va durer [7].
De la parole aux émotions
Avec le développement des outils thérapeutiques de la psychologie, on a appris petit à petit et de mieux en mieux à soigner les traumatismes, grands et petits [7].
A partir des années 1980, des campagnes de communication ont commencé à être commandées par les États pour que les adultes arrêtent de frapper les enfants [8] : parce que les enfants frappé•es font ensuite de moins bons travailleur•euses (sans blague) [9].
On avait donc enfin compris que la violence physique, c’était mal. Il a fallu encore attendre 30 à 40 ans pour comprendre que la violence psychologique aussi c’est mal : cf. les campagnes contre le harcèlement scolaire [10]. J’écarte ici les violences sexuelles, que je traiterai dans un article à venir.
Et voilà où nous en sommes aujourd’hui : les violences physiques et psychologiques sont bien identifiées, et les outils existent pour les prévenir et pour les soigner.
Avec Internet, les évolutions sociétales vont nettement plus vite (pour le meilleur comme pour le pire) [11]. Les voix pour demandes de prendre en compte et pour éviter les violences émotionnelles s’élèvent… mais ne sont pas encore vraiment entendues par les États [12].

Ce que nous savons, c’est que nous ne remplaçerons pas, quelle que soit la qualité de l’algorithme, ce qui fait de nous des êtres humains uniques, à savoir le courage, la connexion et l’empathie. »
Brenee Brown
Le patriarcat face aux émotions
Dans les familles, plus de la moitié des couples divorcent, généralement à la demande des femmes. Elles expliquent qu’elles ont évolué, qu’elles ont désormais des droits, des libertés et leur propre argent, qu’elles ont évolué, mais que les hommes sont restés bloqués dans l’ancien modèle [13].

« Mais il est génial avec les enfants ! »
D’accord, mais comment vous traite-t-il lorsqu’il est frustré ?
Être « super avec les enfants » ≠ Être quelqu’un qui choisit de favoriser une communication saine et le respect avec ceux qu’il aime. »

La richesse mondiale bénéficie largement du travail rémunéré des femmes, partout dans le monde [14]. Pourtant, les pouvoirs politiques et économiques restent encore largement dans les mains des hommes [15] : ça s’appelle le patriarcat [16].
Les hommes, ayant conservé tous les pouvoirs, ne comprennent pas vraiment les plaintes des femmes [17]. Certains refusent même radicalement d’écouter ce qu’elles ont à leur dire [18].
On peut faire un parallèle avec le chemin depuis la fin de l’esclavagisme des noir•es étatsunien•nes : la guerre les a libéré•es de leur statut de captif•ves [19], iels ont pu petit à petit avoir accès à un travail rémunéré, à la propriété et à des études supérieures [20]. Une classe moyenne noire s’est formée [21], puis une classe supérieure noire [22], parmi laquelle on peut par exemple nommer Michael Jordan [23], Oprah Winfrey [24], Denzel Washington [25] et Michelle Obama [26].
Sur ce chemin, iels ont dû faire face et font encore face à des forces contraires politiques, de violences institutionnelles et de violences populaires individuelles et de groupes [27].

Ne laisse pas les conneries constantes t’épuiser
Ne te détourne pas
Regardez ce tonneau et dites : pas aujourd’hui l’apathie, je n’ai que la moitié d’une caisse de vérités. Et quoi qu’il arrive, nous devons prendre dans nos bras les personnes qui ont le plus besoin de nous. Et s’accrocher, putain. D’accord ? »
De la même manière, les femmes rencontrent, partout dans le monde, ces freins et ces attaques. Il y a par contre une grosse différence avec la situation des noir•es étatsunien•nes : alors que les noir•es étatsunien•nes peuvent vivre en communautés plus ou moins isolées pour se reconstruire et s’entraider, les femmes partagent toutes leurs vies avec des hommes, et il leur est très compliqué de s’isoler en communautés autonomes, même si certaines ont essayé [28] (je parlerai de l’intersectionnalité des discriminations [29], notamment des noires, dans un prochain article).
Aux États-Unis, un noir a été élu Président ; mais aucune femme, d’aucune couleur, ne l’a été jusqu’à présent (🤞🏿).
Revenons sur notre question : avec ce parallèle, j’espère que vous comprenez la trajectoire des femmes… et surtout, la différence de cette trajectoire avec celle des hommes.
Les femmes ont dû remettre en question leur place dans la société plusieurs fois avant d’arriver à ce résultat-là. Quid de celle des hommes ?
Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Et bien on se parle, et on ose ouvrir nos cœurs et se montrer vulnérables, messieurs !
Oui ça fait peur, oui c’est malaisant, et oui c’est trop peu valorisé socialement.
Attention : être vulnérable, ce n’est pas pleurer devant Bambi. Être vulnérable, c’est partager comment on se sent (≠ le « ça va » social) , accepter d’avoir tort, d’avoir le cœur brisé, et de remettre en question ses habitudes, ses pratiques et ses croyances :

Je pense également qu’il est important de souligner qu’il ne faut pas en déduire qu’il s’agit d’un acte malveillant – ce n’est peut-être même pas intentionnel. Mais cela peut expliquer pourquoi vous avez l’impression qu’il y a un fossé entre vous et la personne avec laquelle vous avez passé beaucoup de temps ou à qui vous avez beaucoup parlé.
Il est également important de noter que la vulnérabilité ne concerne pas seulement les émotions tristes ou les moments difficiles. Elle concerne également les choses qui rendent une personne enthousiaste ! Partager sa joie est une forme de vulnérabilité. Souvent, les gens ne se sentent pas à l’aise pour partager des événements heureux parce qu’ils sont encore… incertains ou qu’ils craignent d’être jugés, minimisés ou rejetés.
Si vous cherchez des moyens de combler le fossé qui sépare la transparence de la vulnérabilité et de créer un lien émotionnel plus fort, voici quelques questions que vous pouvez vous poser :
Quel impact cela a-t-il eu sur vous personnellement ? Qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous dans tout cela ? Qu’est-ce qui vous fait le plus peur ? Qu’est-ce qui vous a rendu vraiment heureux ces derniers temps ? Qu’est-ce qui vous apporte le plus de joie en ce moment ? »

Au bout d’une semaine, il est venu chez moi un soir et nous avons bavardé à la table de la cuisine.
nous avons discuté à la table de la cuisine et nous sommes restés éveillés jusqu’à minuit, à parler et à nous connecter, et je ne sais pas ce qui s’est passé.
et on s’est connectés et je ne sais pas, peut-être deux mois plus tard, j’ai repensé à cette soirée
comme si c’était une soirée géniale.
Il m’a dit : « Oh, la nuit où vous m’avez interviewé pour 60 minutes ? »
Pour être clair, ce que je pensais être un lien émotionnel et profond, il l’a perçu comme une interview. C’était la première fois que je savais que je posais beaucoup de questions. »

Il y a toi, il y a moi, et il y a la troisième chose.
Hé, qu’est-ce que tu fais samedi ? Pourquoi on n’irait pas, euh, tu veux aller pêcher ? C’est comme, pourquoi avons-nous besoin de pêcher ?
Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement nous asseoir comme ça et être comme, Hey, qu’est-ce qui se passe dans ton cœur, Steven ? Qu’est-ce qui se passe ?
Que se passe-t-il dans mon cœur ? Ou laisse-moi te dire ce qui se passe.
Les femmes peuvent le faire. Certains diront que c’est peut-être génétiquement codé, mais je pense aussi qu’elles ont été forcées de le faire parce que les hommes disaient : « Tu ne peux pas venir à l’usine, au bureau » pendant si longtemps. Et puis les femmes ont dit, bon ok d’accord. Et je pense, je pense que c’est une autre chose avec laquelle les hommes ont du mal, parce que les hommes ont toujours besoin de la troisième chose.
Le travail thérapeutique peut vous accompagner et vous tenir la main sur ce chemin.



Et on commence à se déconnecter. Et les hommes ne le réalisent pas.
Et c’est là que le bât blesse.
Lorsque nous nous opposons à vous sur un sujet, que nous nous disputons sur un sujet et que nous nous battons avec vous sur un sujet, nous nous intéressons toujours à vous.
Lorsque nous cessons de dire cette chose, ce n’est pas parce que nous nous sentons mieux ou que nous sommes d’accord avec cela. Et nous nous retirons de la relation. »

Quoi ?
Juste parce que tu as eu la fille que tu voulais, ne veut pas dire que tu dois arrêter de faire des efforts.
Quoi ?
Juste parce que tu as eu la fille que tu voulais, ne veut pas dire que tu dois arrêter de faire des efforts.
QUOI ?
Tu l’as enfin eue et tout d’un coup tu te dis, oh, je n’ai pas besoin de faire ceci, je n’ai pas besoin de faire cela. Je n’ai pas besoin de faire ça.
Non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Tu n’arrêtes jamais de faire des efforts, mon frère.
C’est toujours une course.
Tu ferais mieux de continuer à courir vers la ligne d’arrivée.
Parce que la dernière chose que tu veux, c’est qu’un autre gars passe devant toi.
Donc si c’est pour toi, c’est probablement de ton côté qu’il faut faire un peu plus d’efforts
dans votre relation parce que dernièrement, on dirait que tu ne l’as pas fait.
Il faut faire des efforts pour la garder.
Alors travaille un peu.
Tu sais pourquoi ?
Parce que tu le sais mieux que moi.
Alors s’il te plaît, commence à faire mieux, mon garçon.
S’il te plaît.
Posé autrement :
- Tu fais souvent des cauchemars ? Va voir un•e psy
- Tu as une ou plusieurs addictions ? Va voir un•e psy
- Ta femme te gueule dessus et tu ne comprends pas pourquoi ? Lis mon blog, et après va voir un•e psy
- Tu veux draguer mais tu n’y arrives pas ? Lis mon blog, et après va voir un•e psy
- Tu trouves que les femmes sont chiantes avec leurs histoires de nuances de couleurs ? Va voir un ophtalmo : 20% des hommes ont une forme de daltonisme.
- Tu as peur d’une situation, tu ne gères pas ? Va voir un•e psy
- Tu n’arrives pas à remettre en question tes pratiques patriarcales sans paniquer? Va en discuter avec un• psy

Si tu as grandi dans un foyer où la mère était forte et monoparentale, va en thérapie.
Si tu as grandi dans un foyer où le père était absent, va en thérapie.
Si tu as grandi dans un foyer où le père était présent et subvenait aux besoins financiers, mais où il était toujours absent, va en thérapie.
Si tu étais le garçon le plus âgé ou si tu as dû être l’homme de la maison à un jeune âge, 10, 11, 12, 13 ans, va en thérapie.
Si tu as été victime d’attouchements, va en thérapie.
Si tu n’as jamais vu un mari et une femme dans une relation saine, va en thérapie.
Si tu luttes contre la masturbation, va en thérapie.
Si tu n’as jamais vu un homme prendre de bonnes décisions financières, va en thérapie.
Si tu as appris à être un homme en procédant par essais et erreurs, va en thérapie.
Si tu t’es déjà senti abandonné ou rejeté, ou si tu as eu l’impression que personne ne te protégeait, va en thérapie.
Si tu as l’impression que tu n’as besoin de parler à personne, et que tu es toi-même, va en thérapie.
Pour éviter les caries, tu vas chez le dentiste ; pour vous empêcher d’être dans le péché, tu vas à l’église ; pour prévenir de la maladie, tu vas chez le médecin. Pour prévenir l’instabilité mentale et émotionnelle, il faut donc suivre une thérapie.
Une chose que j’ai apprise en suivant une thérapie, c’est qu’on peut être aussi conscient de soi qu’on le souhaite. Cela ne veut pas dire que tu as les outils nécessaires pour briser les cycles et évoluer vers un monde meilleur.
Va en thérapie.
Comment choisir sa•son psy ?
Il existe différentes spécialités et différentes approches de la psychologie. Comme pour tout, il faut donc se renseigner et essayer plusieurs options avant de trouver la formule qui convient le mieux à la situation. Personnellement, j’ai changé de type d’accompagnement à chaque étape de ma progression [30]. A noter : le terme « psy » peut être pathologisant. Parfois, une assistante sociale, un coach ou une médecine pourront aussi vous apporter une aide utile.
Sur Mastodon, Gherhartd a réalisé pour nous une synthèse des spécialisations :


Et je ne vais pas vous faire l’affront d’aller plus loin dans la recherche d’un.e psy, vous êtes grand.s, vous savez comment trouver un.e garagiste, donc vous saurez aussi comment trouver un.e psy ! 👍😊
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A lire aussi :
[1] Article Effet Dunning-Kruger
[2] Article Guerre
[3] Article Conscription
[4] Article Qu’est-ce que la dissociation et comment se manifeste-t-elle ?
[5] Article Dissociation (psychologie)
[6] Livre Le corps n’oublie rien par Bessel van der Kolk
[7] Article Évolution du nombre de guerres fin XXe siècle début XXIe siècle
[8] Article Violence éducative ordinaire
[9] Article Violence : effets et conséquences
[10] Article Harcèlement scolaire
[11] Article Internet : un bouleversement social
[12] Articles
[13] Article Why women file for divorce more than men
[14] Article Une histoire de la lutte des femmes pour l’égalité au travail
[15] Rapport État des lieux de l’égalité des genres dans le monde
[16] Article Patriarcat (sociologie)
[17] Article Androcentrisme
[18] Article Masculinisme (idéologie)
[19] Article États-Unis : Conquête de l’Ouest, industrialisation et fin de l’esclavage (1800-1917)
[20] Article Noirs américains
[21] Article Les classes moyennes noires ou la dureté du rêve américain
[22] Article African-American upper class
[23] Article Michael Jordan
[24] Article Oprah Winfrey
[25] Article Denzel Washington
[26] Article Michelle Obama
[27] Article Portail Afro-américains : Histoire des Afro-américains
[28] Article Les béguines, une communauté de femmes pieuses, libres et insoumises
[29] Article Intersectionnalité
[30] Article Sortir de ses traumatismes
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[…] [8] Article Les hommes et leurs croyances sur les psys […]
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